Clarensac : quelques repères historiques

Texte de Jean Comtat à partir de l’excellent ouvrage de Eliane DUBOST-VEDEL « Clarensac en Vaunage », aux éditions de l’association Maurice ALIGER

Le Village aux temps anciens

Le nom de « Clarensac » n’apparait dans un texte qu’en 1027. Selon Maurice ALIGER, historien local membre de l’Académie de NÎMES, ce nom pourrait dériver du nom du domaine « clarentiacum » d’un riche gallo-romain « Clarens ».

Dans les textes, apparaissent en 1075 Guillaume de Clarensac, en 1159 Girard de Clarensac. En 1248 Guiraud de Clarensac est Chevalier des arènes, regroupement de défense du lieu, en 1296 Pons de Clarensac est consul de Nîmes.

Le site de Clarensac est occupé depuis le néolithique moyen, vers 3000 ans avant notre ère. Des vestiges ont montré des traces de sédentarisation en piedmont du plateau, près des sources.

Plus proche de nous, des peuplements ont été identifiés, datant de l’âge du fer, 200 à 100 ans avant notre ère, sans doute en relation avec la peuplade des Volques Arécomiques, les constructeurs des oppida qui dominent la Vaunage : la liquière, mauressip, nages. ..A Clarensac, l’habitat s’est développé au nord de la « carrière vieille », cette petite route qui suit maintenant le tracé de l’ancienne voie romaine reliant Caveirac à Saint Côme par Clarensac.

L’occupation romaine est marquée par un essor économique certain, traduit par plusieurs inscriptions et stèles funéraires. Ce peuplement reste dynamique jusqu’au Vème siècle.

Les sites d’habitations disparaissent avec les invasions barbares : Vandales en 408, Wisigoths en 413, Francs en 710, Sarrazins qui conquièrent Nîmes en 725. Très peu de vestiges attestent de cette époque troublée mais il est sûr que les « nouveaux arrivants » cohabitèrent avec les populations précédentes.

En 759 les Francs s’installent en Septimanie. Au IXème siècle Charlemagne organise son empire en « comtés », il envoie des personnes de sa cour pour les administrer en son nom. Clarensac fait partie des domaines du comte de TOULOUSE.

Avec l’affaiblissement du pouvoir central et au cours des siècles, les comtes s’affranchissent de la tutelle du roi en considérant le territoire confié comme un bien propre. Pour l’administrer ils délèguent leur pouvoir à des vassaux et divers seigneurs. Clarensac dépend alors du comte de Nîmes dont un vicomte est le lieutenant pour exercer la justice, trois « viguiers » dont celui de la VAUNAGE l’aident dans cette tâche.

La date de la construction du « vieux village » sur la motte dominant la plaine, n’est pas connue, mais comme le cartulaire de Nîmes de 1075 cite un seigneur Guillaume de Clarensac, on peut présumer de l’édification d’un habitat fortifié « un castrum » dans les années précédentes et autour de l’an 1000, pour asseoir l’autorité d’un délégué du comte.

Antérieurement l’habitat restait étalé en piedmont du plateau, au hameau d’Alvernes autour de l’église saint Estève disparue au lieu-dit Peyre morte, à un autre hameau autour de l’église de saint Roman dont les ruines persistent en garrigues. La première église saint André, de la fin du XIème siècle, était sans doute près du cimetière actuel.

Dès le haut-moyen-âge, donc, Clarensac est un lieu fortifié avec, en son centre un château, disparu aujourd’hui et siège du seigneur, un lieu entouré d’un rempart flanqué de tours. La tour GAZAGNE, toujours en place, défendait la porte du Sud : entrée actuelle de la rue du four, l’ancienne porte Ouest correspond à la rue Coste et la rue de l’église est la porte Est. Quant à la porte Nord c’est le porche qui jouxte la Poste. Au fil du temps le rempart fut percé de logements qui en renferme encore des éléments d’architecture intéressants.

Lieu sécurisé, Clarensac était une halte sur la voie Régordane parcourue par les pèlerins qui allaient se recueillir sur la tombe de saint GILLES, haut-lieu de pèlerinage aussi renommé que saint Jacques de Compostelle à cette époque. A l’inverse par cette voie vers le nord transitait le sel du midi. On peut même penser que saint Louis (Louis IX) et les futurs croisés traversèrent Clarensac en 1248 et 1277 car une croix émaillée de croisé fut découverte dans un labour il y a une cinquantaine d’années.

Au dénombrement par le roi Philippe le Bel en 1304 Clarensac compte 129 feux, autour de 800 personnes au total ; c’est la seconde paroisse de la Vaunage après Calvisson. En 1322 sous Charles IV le village compte 190 feux : 950 personnes environ. La ville est prospère.

Malheureusement une mortalité de près de 40% suit la peste de 1347-1348, par la suite avec la guerre de cent ans, les pillages des « routiers », la peste à nouveau en 1361,1374,1464,1465 1496, les révoltes des « tuchins », les disettes, à la fin du XVème siècle le village ne compte plus qu’une centaine d’habitants.

Clarensac se distingue par son adhésion immédiate à la Réforme protestante ; en quelques années 70% de la population étaient « des Réformés ». Certainement après la condamnation à mort d’Antoine Bourget, le démembrement de son corps et l’exposition dans les villages pour « terreur et exemple ». Ce dernier avait eu le tort de diffuser le livre, en français, de CALVIN « institution de la religion chrétienne » pendant son commerce entre les lainiers de Clarensac et les acheteurs de Marvejols, plus largement entre Nîmes et Lyon.

Partout les huguenots prennent possession des églises et détruisent les objets d’art, objets d’idolâtrie ; le conflit des guerres de religion s’amorce dans la région dès 1569. De 1569 à 1591 les protestants dominent Clarensac avec des épisodes de reprise par les troupes catholiques.

Henri IV roi de France le 27 Février 1594 promulgue l’Edit de Nantes en 1598 qui met fin aux conflits.

Le Village aux temps modernes

Le siècle suivant, le XVIIème, jusqu’à la révocation de l’Édit de Nantes le 17 octobre 1685, voit une série d’arrêtés sous Louis XIII et Louis XIV pour restreindre les libertés accordées. Il est marqué par des épisodes militaires de révolte, comme le soulèvement protestant de 1620 conduit par le duc de ROHAN. En 1628 les troupes catholiques de Montmorency avancent vers Clarensac, prennent le village, brulent de nombreuses maisons, 100 protestants sont tués, 100 autres prisonniers. En une semaine toute la Vaunage est prise et dévastée, Clarensac est ravagé : vignes et oliviers arrachés, moulins et maisons démolis. Et la peste réapparait en 1630.

Après la révocation de l’Édit de Nantes, en 1685, les populations doivent abjurer le protestantisme. Les dragonnades et des exactions multiples les incitent fortement à le faire : abjurer ou fuir à l’étranger en Suisse d’abord, rester c’est pratiquer en cachette « au désert ». Tout au long du siècle les convertis revenus à la foi protestante qui sont appréhendés sont, pour les hommes, condamnés aux galères et pour les femmes à la prison « à vie » dans la tour Constance à Aigues-Mortes.

Des soulèvements sporadiques se font jour, le plus important est celui des camisards, de Jean CAVALIER, en 1703-1704 qui se termine par une bataille rangée à Nages-Boissières et la ruine consécutive de Clarensac qui l’a protégé.

De nombreuses années de misère et de disette ponctuent le XVIIIème siècle jusqu’à l’apparition de la pomme de terre et du haricot en grains. Au dénombrement de 1794 le village « compte 1025 âmes » il est très peuplé et pauvre.

Dans la vie courante la population, en majorité protestante, ignore totalement l’Église catholique et dissimule sa foi et ses croyances en pratiquant « au désert ». Cette attitude favorisa grandement la révolution pour la Liberté et l’Égalité.

Après la nouvelle division de la France le 22 décembre 1789, Clarensac élit un premier Conseil Municipal comprenant un maire, 5 officiers municipaux et 6 notables plus 6 remplaçants. Tous les citoyens de plus de 25 ans et payant un impôt se manifestent, c’est l’enthousiasme. Lorsque « la Patrie est en danger » en 1792 les Clarensacois sont unanimes pour la défendre. Cet enthousiasme faiblira ensuite lors des recrutements de soldats dont il est dit « ce sont des traineurs et des volontaires désignés par le scrutin ». Sous Napoléon Ier avec la conscription votée en 1798 les hommes mobilisés sont tirés au sort selon les besoins, des récalcitrants et des déserteurs refuseront de rejoindre les troupes en campagne.

Sous la « terreur » en 1793, suite aux dénonciations le village se partage progressivement entre les révolutionnaires, les républicains modérés et les royalistes, une division qui éclatera en 1848.

Au cours du XIXème siècle Clarensac est constamment dans l’opposition au régime, les habitants, protestants pour la plupart, sont bonapartistes sous la royauté puis républicains sous l’empire. Une personnalité domine la vie politique : Paul DUMENY. Il est élu maire en 1831 d’un Conseil Municipal à tendance républicaine. Révoqué par le Préfet, il est réélu en 1840, 1848 dans un Clarensac résolument « à gauche ». C’est ainsi, par exemple, que le 10 décembre 1848, à l’élection à la présidence de la république, Louis Napoléon Bonaparte obtient 74.4% des voix au plan national et seulement 32.4% à Clarensac « Clarensac est ainsi le plus à gauche du Gard et peut-être de France ».Serait-ce déjà une manifestation des fameux « reboussiers » de Clarensac ?

Lors des élections municipales du 30 avril 1871 qui entérinent la IIIème République, les Républicains triomphent, Paul Dumény redevient maire, remplacé en 1876, il est réélu en 1880.

Un nouveau visage marque le village : installation de la mairie en 1840 et de l’école de garçons en 1843 dans l’ancienne maison Bermond, construction du temple en 1828, réalisation de la circulade à deux niveaux, création de 3 lavoirs et de la fontaine en 1858, le « Griffe » actuel. La population avoisine les 1000 habitants, vivant principalement de la vigne et du vin.

Plus près de nous, il apparaît que le village est prospère, la vigne et le vin soutiennent l’activité économique jusqu’en 1970 environ en subissant pourtant les contraintes des directives européennes et de la mévente des vins de moindre qualité. Seul le raisin de table, le chasselas, permet un revenu conséquent, deux coopératives assurent le conditionnement et l’expédition. Le village reste essentiellement un village agricole : 582 habitants en 1968 mais il se transformera vite avec le changement des modes de vie et l’explosion démographique des années 1990-2010 pour atteindre 3200 habitants en 2003 et 4500 habitants en 2020.